Le Canada a besoin de lois qui protègent les pensions

17 mars 2009
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Ken Georgetti est le président du Congrès du travail du Canada
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Un régime national d'assurance pourrait mettre les pensions à l'abri de la faillite
par Ken Georgetti

L'économie mondiale est plus déprimée qu'elle ne l'a été depuis les années 1930. Depuis à peine quelques mois, nous avons perdu des centaines de milliers de bons emplois permettant de faire vivre une famille et la sécurité de la retraite de millions de Canadiens et Canadiennes a été mise en péril. Le gouvernement fédéral a annoncé un examen des régimes de retraite privés relevant de sa compétence et le ministère des Finances tiendra une consultation publique à Montréal le 18 mars. Les travailleurs et les travailleuses comptent exprimer leurs craintes à cette occasion et, au nom des 3,2 millions de travailleuses et travailleurs représentés par le Congrès du travail du Canada, j'incite le gouvernement fédéral à répondre à la crise des pensions rapidement et avec détermination.

Il y a une longue tradition au Canada selon laquelle les gouvernements procèdent à des examens de notre mosaïque de règlements sur les pensions. L'examen fédéral le plus récent suit de près celui des provinces du Québec, de l'Ontario, de la Nouvelle-Écosse, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. Au moins vingt examens des pensions ont été effectués depuis trois décennies.

Habituellement, ces examens ont permis de constater qu'il y a lieu d'améliorer notre système de pensions, que d'importantes mesures de réforme doivent être prises et qu'un trop grand nombre de Canadiens et Canadiennes sont mal préparés à prendre leur retraite. Les études sont réalisées, présentées, classées et vite oubliées. La moindre des mesures de réforme est célébrée en tant que percée alors que les grands travaux qui garantiraient vraiment aux Canadiens et Canadiennes de pouvoir vivre leur retraite dans la dignité ne sont pas accomplis.

Aujourd'hui, cette approche défectueuse ne peut pas être justifiée. Les personnes âgées et celles qui sont sur le point de prendre leur retraite au Canada ont subi d'importantes pertes et sont terrorisées à l'idée de décacheter leur relevé de pension. Un trop grand nombre de personnes âgées, et particulièrement les femmes seules, les membres des Premières Nations, les nouveaux immigrants et immigrantes et les personnes âgées ayant un handicap, s'efforcent de vivre de bas revenus. Un trop grand nombre de travailleurs et travailleuses, et particulièrement ceux qui travaillent dans le secteur des services où les salaires sont faibles, arrivent à peine à joindre les deux bouts et ne sont certainement pas en mesure d'épargner en vue de leur retraite.

Les personnes qui se trouvent dans le haut de l'échelle économique demandent aux travailleurs et travailleuses qui ont des pensions acceptables de réduire leurs attentes alors qu'elles exigent pour elles-mêmes rien de moins que des régimes en or. Par exemple, Gwyn Morgan, ancien chef de la direction d'EnCana, a dernièrement porté atteinte aux droits à pension des travailleurs et travailleuses de l'automobile dans la presse d'affaires. Il a agi ainsi alors qu'une pension de 1,8 million de dollars par année lui est réservée. En 2007, EnCana a jugé que cette pension lui coûterait 26,5 millions de dollars à financer.

Les pensions ont vraiment atteint un carrefour au Canada. Notre orientation dépendra des valeurs en matière de pensions qui influencent les décideurs. Le gouvernement fédéral est appelé à répondre à la sempiternelle question, en matière de politique sur les pensions, de savoir si nous allons aller de l'avant ensemble ou s'il va obliger les gens à agir chacun pour soi. Depuis au moins deux décennies, c'est la deuxième option qui l'emporte sur la colline parlementaire. Il n'en a pas toujours été ainsi. Le Régime de pensions du Canada, la Sécurité de la vieillesse et les régimes professionnels suffisants rappellent ce qu'il est possible de faire quand les Canadiens et les Canadiennes vont de l'avant ensemble.

Le Congrès du travail du Canada incite le gouvernement fédéral à accroître la couverture des pensions publiques afin de réduire notre dépendance à l'égard des marchés financiers spéculatifs pour assurer la sécurité économique. De plus, nous voulons un fonds national d'assurance sur les pensions qui permettrait de voir à ce que les régimes de retraite ne subissent pas un dommage collatéral quand des employeurs font faillite ou quand l'industrie financière vend des produits de placement défectueux.

Nous croyons que ces propositions assureront aux Canadiens et Canadiennes les pensions stables qu'ils ont méritées et qui leur permettront de prendre leur retraite dans la dignité. Si nous permettons à une poignée de personnes d'amasser la part du lion des pensions alors qu'un nombre de plus en plus grand de personnes sont laissées en plan, cela aura de graves répercussions sur un grand nombre de citoyens et citoyennes du Canada.

Les décideurs fédéraux doivent adopter les valeurs appropriées en matière de pensions. Ils peuvent se tenir pour dit que les travailleurs et les travailleuses l'exigeront.

Ken Georgetti est le président du Congrès du travail du Canada.