Il y a des limites à casser du sucre sur le dos du syndicalisme
06 février 2009
la source:
Teamsters Canada

Le débat sur la pertinence du syndicalisme n’a rien de nouveau. Plus que jamais, les syndicats sont attaqués par les tenants de la droite ou certains « oncles Tom », qui se plaisent à faire croire aux gens que le syndicalisme relève d’un dogme quasi religieux.

L’oncle Tom est un personnage d’un livre de Harriet Beecher Stow. L’expression est aussi utilisée péjorativement pour désigner une personne qui, par honte ou opportunisme, agit plutôt de manière à trahir ses origines. J’utilise cette analogie ironique pour qualifier certains chroniqueurs qui s’époumonent à convaincre le commun des mortels de l’inutilité du syndicalisme. En fait, lorsqu’on étudie un tant sois peu objectivement la situation, il devient évident que les organisations de défense des travailleurs n’ont jamais été aussi pertinentes qu’en 2009.

Ainsi, les arguments fallacieux mis de l’avant par certains leaders d’opinion ne sont rien d’autre que le prolongement d’une certaine pensée patronale voulant qu’un syndicaliste soit une personne à abattre. Pourquoi en serait-il autrement? Chacun prêche pour sa paroisse!

Cependant, depuis quelques années, je constate une intensification de la diffusion d’un discours antisyndical borné. On accuse notamment le mouvement syndical de ne défendre que les droits de ses membres, d’être indifférent au sort de l’univers, de protéger les incompétents et les tricheurs et d’être fermé au changement.

Des gains syndicaux qui profitent à l’ensemble de la société

La carte d’assurance-maladie, la défense de la gratuité des soins de santé ainsi que la mise en place d’une loi protégeant la santé et la sécurité des travailleurs, voilà des combats qu’ont menés – et que continuent de mener – les syndicats. Les victoires qui en découlent profitent à tous les citoyens, qu’ils soient travailleurs syndiqués ou non.

Les congés dont jouissent les parents lors de la naissance d’un enfant et l’équité salariale pour les femmes sont-ils accordés exclusivement aux syndiqués ? Bien sûr que non ! La population au grand complet peut profiter elle-aussi de ces gains, y compris les oncles Tom de ce monde. Croyez-vous sincèrement qu’il est dans l’intérêt du patronat de faire la promotion de telles mesures progressistes? Pas moi, en tout cas.

Parmi les autres luttes syndicales récentes dont nous bénéficions tous aujourd’hui, mentionnons les efforts des organisations syndicales pour s’assurer que les travailleurs canadiens profitent d’une prolongation de l’assurance-emploi en cette période de grande incertitude économique. En effet, sans l’action concertée des principaux syndicats canadiens, jamais le ministre Flaherty n’aurait écouté – et entendu – les inquiétudes des travailleurs.

De plus, nous réclamons depuis des années une refonte de la réglementation du secteur financier de manière à prévenir des crises économiques comme celle que nous traversons en ce moment. Qui a provoqué cette crise? Les dirigeants industriels et financiers, toujours plus avides de profits au détriment de l’ensemble des Canadiens. À qui profitera cette réglementation? À l’ensemble des citoyens!

Vous perdez votre emploi? Que vous soyez syndiqués ou non, vous risquez de profiter des services d’un comité de reclassement. Cette initiative aurait été impensable il y a quelques années à peine sans la pression exercée par les syndicats sur le gouvernement.

S’unir pour mieux se défendre

Si les patrons unissent leurs forces dans des chambres de commerce et des conseils du patronat, pourquoi les travailleurs n’auraient-ils pas le droit de s’unir eux aussi pour défendre leurs intérêts?

Les lobbyistes patronaux qui gravitent autour des gouvernements ont pour seul et unique but de promouvoir les intérêts de leurs employeurs. Les syndicats font aussi du lobbying, mais ils représentent les intérêts de centaines de milliers de Canadiens et de leurs proches! Conséquemment, toutes nos démarches auprès des gouvernements sont menées au bénéfice du plus grand nombre et non pas pour quelques puissants personnages.

Certains dirigeants d’entreprises touchent un salaire jusqu’à mille fois plus élevé que celui du travailleur moyen. Souvent, par copinage avec les conseils d’administration, ces dirigeants réussissent à faire bonifier leur rémunération « de base » de centaines de milliers de dollars. Et c’est sans mentionner les autres primes et avantages dont bénéficient ces dirigeants, souvent très avares lorsque vient le moment de récompenser les travailleurs qui sont à l’origine de leur fortune. Pourquoi les syndicats n’auraient-ils pas aussi le droit d’être exigeants lorsqu’ils négocient les conventions collectives?

Le mythe du travailleur syndiqué incompétent

Le mythe qui veut que les syndicats protègent les travailleurs incompétents est à la fois sournois et méprisant. Les entreprises non syndiquées comptent-elles plus de travailleurs compétents que les entreprises syndiquées? Où sont les statistiques pour le prouver? La crise économique mondiale nous peint un tout autre portrait de l’incompétence de certains travailleurs. Par exemple, qu’en est-il de l’avidité d’un gestionnaire de fonds qui a dilapidé impunément des milliards de dollars appartenant à de petits épargnants?

Nous sommes ouverts aux changements

Je n’ai personnellement rien contre une entreprise qui modernise ses méthodes pour faire face à la concurrence, mais pas au prix de laisser les employeurs s’enrichir indûment au profit des employés, de les laisser abolir des emplois pour des motifs fallacieux ou d’augmenter la productivité au détriment de la santé et la sécurité des travailleurs. Bien entendu, le mouvement syndical utilisera alors toutes ses ressources pour faire battre en retraite de tels employeurs.

Lorsqu’on fait le décompte de toutes les batailles remportées par les syndicats au bénéfice de l’ensemble de la population canadienne au cours des dernières années, je ne suis pas surpris de constater que les oncles Tom et leurs maîtres sentent le besoin de casser du sucre sur leur dos. Le syndicalisme menace parce qu’il défend les intérêts de la majorité. Le syndicalisme empêche de tourner en rond parce qu’il met la population en garde contre les abus des industriels. Le syndicalisme irrite parce qu’il est encore là plusieurs siècles plus tard malgré tous les efforts patronaux visant à le mettre en échec.

Se pourrait-il aussi que les syndicats dérangent parce qu’ils bousculent un ordre établi qui profite à une certaine élite seulement?

 

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